L'aïkido ne s'est pas diffusé par des manuels. Il s'est diffusé par les corps. Par des hommes et des femmes qui ont passé des années à répéter, à observer, à mémoriser, puis à enseigner. Cette page retrace quelques-uns des maîtres qui ont porté l'aïkido hors du Japon.

André Nocquet (1914-1999)

Le premier. Avant lui, personne en France n'avait enseigné l'aïkido. Nocquet part au Japon en 1955 et reste jusqu'en 1958 au dojo d'O-Sensei : il devient le premier étranger admis comme uchi deshi. À son retour en France, il enseigne l'aïkido et ouvre la voie à toute une génération de pratiquants. Il est l'un des premiers liens entre le fondateur et l'Europe.

Nocquet est un homme d'une rigueur absolue. Il a vu le fondateur de ses propres yeux, il en a gardé le souvenir comme une boussole. Il enseigne avec exigence.

« Quand je mourrai, un lien direct à sa technique disparaîtra. » — André Nocquet, sur sa relation avec O-Sensei

Christian Tissier (né en 1943)

Un technicien de premier ordre — précis, exigeant, passionné. Il voyage dans le monde entier, enseigne dans des dizaines de pays, et forme une génération de senseis qui font de l'aïkido français un pôle mondial de référence.

Les maîtres japonais

Tamura Nobuyoshi n'était pas seul. Au Hombu Dojo de Tokyo, une même génération d'uchi deshi, formée directement auprès d'O-Sensei, a porté l'aïkido hors du Japon. Trois d'entre eux ont marqué notre art par leur technique et leur enseignement.

Yamada Yoshimitsu (1938-2023)

Entré au Hombu Dojo à dix-sept ans comme uchi deshi, Yamada Sensei a suivi l'enseignement d'O-Sensei pendant plus de dix ans. Envoyé à New York en 1964, il devient l'instructeur en chef du New York Aikikai et préside la United States Aikido Federation. Huitième dan Aïkikaï et Shihan, il fut l'un des derniers grands représentants de la génération des élèves directs du fondateur. Il animait chaque été des stages en France, aux côtés de Tamura Sensei, à La Colle-sur-Loup et à Lesneven.

Sugano Seiichi (1939-2010)

Né à Otaru, sur l'île de Hokkaido, Sugano Sensei entre au Hombu Dojo en 1957 et devient uchi deshi d'O-Sensei. Envoyé en Australie en 1965, il transmet ensuite pendant des décennies en Europe. Huitième dan Aïkikaï et Shihan, son aïkido alliait vitesse et puissance, avec une attention constante au timing et à la distance. Il fut l'un des maîtres qui ont fait de l'aïkido un art mondial.

Saotome Mitsugi (né en 1937)

Saotome Sensei entre au Hombu Dojo à dix-huit ans et devient uchi deshi en 1959. Il y reste jusqu'à la mort du fondateur, en 1969, et y occupe le poste d'instructeur en chef des armes. Huitième dan Aïkikaï et Shihan, il part aux États-Unis en 1975 et fonde l'Aikido Schools of Ueshiba. Son aïkido, dépouillé et puissant, est marqué par le travail du jo et du sabre, qu'il enseigne encore aujourd'hui.

La lignée de la FFAB

Tamura Nobuyoshi fut le délégué officiel de l'Aikikai So Hombu Dojo de Tokyo en Europe. Autour de lui se construit la FFAB, notre fédération, qui rassemble aujourd'hui la plupart des dojos français. Tamura voyage sans cesse à travers l'Europe pour transmettre. L'aïkido français devient un pôle mondial de référence. Le dojo Shumeïkan, à Bras dans le Var, reste le cœur de cet enseignement, transmis par un collège de cadres haut gradés, tous élèves de Tamura Sensei, dont beaucoup ont reçu de Tokyo le titre de Shihan.

Claude Pellerin

Entré dans l'aïkido en 1969 auprès de Tamura Sensei, Claude Pellerin fut son élève assidu et le remplaçait lorsqu'il était absent au Shumeïkan. Huitième dan Aikikai et Shihan, Chargé d'Enseignement National, il continue de transmettre l'aïkido de Tamura Sensei dans ses dojos et lors des stages, en France comme à l'étranger.

Stéphane Benedetti

Venu du judo, Stéphane Benedetti découvre l'aïkido à l'adolescence. Septième dan Aikikai et Shihan, il est l'un des cadres de la FFAB. Sa pratique cherche l'unité du corps et de l'esprit, et son enseignement revient sans cesse aux fondements.

Toshiro Suga

Né à Tokyo en 1950, Toshiro Suga commence l'aïkido au Hombu Dojo en 1968 et y suit les cours d'O-Sensei et des maîtres de l'Aikikai. Arrivé en France en 1971, il rencontre Maître Tamura. Septième dan Aikikai et Shihan, Chargé d'Enseignement National, il transmet l'aïkido comme un exercice de la vie.

Robert Dalessandro

Shihan, septième dan Aïkikaï, Robert Dalessandro préside le Département Technique de la FFAB. Il coordonne le bureau technique fédéral et veille à la cohérence de l'enseignement transmis dans les dojos.

Christian Gayetti

Shihan, septième dan Aïkikaï, Christian Gayetti est l'un des cadres techniques de la FFAB. Il transmet l'aïkido de Tamura Sensei lors des stages fédéraux et dans son dojo.

Jacques Bonnemaison

Shihan, septième dan Aïkikaï, Jacques Bonnemaison compte parmi les cadres de la FFAB formés auprès de Tamura Sensei. Il enseigne et anime des stages à travers la France.

René Trognon

Shihan, septième dan, René Trognon est un cadre de la FFAB. Il poursuit la transmission de l'aïkido tel qu'il l'a reçu de Tamura Sensei.

Et autour d'eux, d'autres cadres de la FFAB — souvent âgés de plus de 70 ans — continuent de transmettre au quotidien.

« On ne coupe pas la branche sur laquelle on est assis. » — Un principe partagé par tous les disciples

Et la chaîne continue

De Nocquet à Tamura, de Tamura aux cadres de la FFAB, de la FFAB au dojo de Dinan : chaque maillon a passé des années à forger son art. Chaque maillon a décidé de transmettre plutôt que de garder pour lui.

C'est ça, l'aïkido. Ce n'est pas un ensemble de techniques. C'est un fil humain qui traverse les décennies, les pays, les générations. Et ce soir, quand tu arrives au dojo de Dinan et que tu fais le rei, tu suis ce fil.

Sources : la FFAB (ffabaikido.com) et les fiches de ses cadres techniques, ainsi que les notices biographiques des maîtres de l'Aïkikaï. Voir aussi les notes de traitement dans le vault.