Tamura Nobuyoshi. 8e dan de l'Aikikai. Frêle silhouette, sourire bienveillant, regard d'aigle. C'est l'un des plus proches disciples d'O-Sensei — et l'un des techniciens les plus redoutables qu'il ait formés.
Après plus de cinquante ans de pratique, sa technique est si aiguisée que tous les mouvements superficiels ont disparu. Il ne reste que l'essence, dans des gestes si subtils qu'ils semblent magiques.
« L'aïkido est une voie qui permet de se découvrir soi-même et de se construire en tant qu'être humain, afin de vivre une vie pleine et heureuse. » — Tamura Nobuyoshi
Apprendre en regardant
Tamura n'est pas devenu uchi deshi du fondateur. Il a appris autrement — en regardant, en répétant, en questionnant. Il fréquentait le Hombu Dojo de Tokyo et les stages d'Iwama. Son approche était d'observer la technique d'Ueshiba sous tous les angles et de la reconstruire de l'intérieur.
Contrairement à Saito qui vivait avec le fondateur et mémorisait chaque détail, Tamura a dû reconstruire le savoir par la compréhension profonde. Et le résultat est stupéfiant : une technique rapide, subtile, extrêmement martiale, qui fait disparaître l'opposition plutôt qu'elle ne la combat.
Le regard qui voit tout
Ce qui frappe chez Tamura, c'est l'œil. L'œil qui ne rate rien. Quand il observe un élève, il voit la tension invisible dans le bras, le déplacement de hanche millimétrique, le retard de respiration. Il corrige un détail et tout le geste s'ouvre.
Son enseignement est clair, direct, sans fioritures spirituelles. Il rit souvent, il plaisante, il a cette humilité du fondateur : « Je suis bien avec le fait qu'on m'appelle imbécile. »
« Ce qui m'intéresse n'est pas simplement d'envoyer des uke en l'air. La réussite d'un cours ne se mesure pas au spectaculaire des chutes, mais à la compréhension et à la sécurité des élèves. » — Tamura Nobuyoshi, sur la pédagogie
Le voyageur
Tamura a voyagé plus que tout autre maître de sa génération. L'Europe, l'Amérique, l'Asie — partout, il transmettait avec la même rigueur et le même sourire. Il a formé des milliers d'élèves, dans des dizaines de pays, sans jamais perdre cette capacité à voir l'essentiel.
Il disait que l'aïkido, au fond, c'est simple. Mais simple ne veut pas dire facile. Le corps doit bouger en harmonie. Découper le geste, c'est perdre la totalité. Il faut étudier ce qu'on n'arrive pas à faire, pas répéter ce qu'on sait déjà.
« On ne progresse pas en répétant ce qu'on sait déjà. On grandit en affrontant ce qui est encore difficile. » — Tamura Nobuyoshi
Tamura Sensei nous a quittés en 2010. Mais son regard — cet œil qui voyait à travers la technique — reste dans chaque élève qu'il a formé, dans chaque geste appris avec précision, dans chaque dojo où sa méthode vit encore.
Source : Interview complète de Tamura Nobuyoshi. Voir la note de traitement (version longue) dans le vault.